Plusieurs villes françaises possèdent une rue d’Angleterre, et ce nom ne doit rien au hasard. Derrière chaque plaque se cache un pan d’histoire locale lié aux relations entre la France et la Grande-Bretagne. Ce guide passe en revue les principales rues d’Angleterre en France, leur origine et ce qu’on y trouve aujourd’hui.
Pourquoi tant de rues portent le nom d’Angleterre en France
Vous avez déjà remarqué qu’une même dénomination revient dans des villes très différentes ? La rue d’Angleterre existe aussi bien dans le nord que dans le sud du pays. Ce n’est pas une coïncidence : l’odonymie française, c’est-à-dire la façon de nommer les voies, reflète les grands événements diplomatiques et militaires.
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Après la Seconde Guerre mondiale, de nombreuses communes ont rendu hommage aux nations alliées en baptisant des rues, des places ou des boulevards. L’Angleterre, partenaire historique lors du Débarquement et de la Libération, a naturellement donné son nom à des artères dans l’ouest et le nord de la France, régions les plus marquées par la présence britannique.
D’autres dénominations remontent à des périodes plus anciennes. Les liens commerciaux entre ports français et anglais, les échanges lainiers médiévaux ou la présence de communautés britanniques dans certaines villes thermales au XIXe siècle expliquent aussi l’apparition de ce nom.
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Rue d’Angleterre à Paris et dans les grandes villes
À Paris, le quartier de l’Opéra et ses environs concentrent plusieurs traces de la présence anglaise : des hôtels portant le nom d’Angleterre, des lieux de culte anglicans et une tradition d’accueil des voyageurs britanniques depuis le XVIIIe siècle. La capitale compte aussi des adresses liées à la couronne anglaise dans le Marais et sur la rive gauche.

D’autres grandes villes françaises possèdent leur propre rue d’Angleterre ou boulevard d’Angleterre. Voici les cas les plus notables :
- Lille dispose d’une rue d’Angleterre en plein centre historique, témoin des échanges commerciaux avec l’Angleterre via les Flandres depuis le Moyen Âge.
- Toulouse possède une rue d’Angleterre dans le quartier des Carmes, à quelques pas du Capitole, dont le nom rappelle les liens avec le duché d’Aquitaine jadis sous couronne anglaise.
- Nice, avec sa célèbre Promenade des Anglais, illustre l’influence britannique sur la Côte d’Azur. Plusieurs rues voisines portent des noms liés à l’Angleterre.
Ces exemples montrent que la répartition géographique n’est pas uniforme. Les régions ayant eu des contacts directs avec les Britanniques – par la guerre, le commerce ou le tourisme – concentrent la majorité de ces odonymes.
Base Adresse Nationale : recenser toutes les voies nommées d’Angleterre
Depuis 2020, la Base Adresse Nationale (BAN), coproduite par l’IGN, La Poste et l’État, recense de façon centralisée tous les noms de voies en France. Cet outil est mis à jour en continu par les communes et les intercommunalités.
Concrètement, la BAN permet de rechercher chaque libellé de type « rue d’Angleterre », « impasse d’Angleterre » ou « boulevard d’Angleterre », y compris dans de petites communes rurales absentes des guides touristiques classiques. Aucun annuaire papier ne peut rivaliser avec cette exhaustivité.
Pour effectuer cette recherche, il suffit de consulter le site adresse.data.gouv.fr et d’utiliser l’API Adresse. C’est un outil gratuit, ouvert à tous, qui permet d’exporter les résultats sous forme de liste ou de carte. Les passionnés de toponymie y trouvent une mine d’informations sur la mémoire inscrite dans les plaques de rue.
Ce que révèle une recherche dans la BAN
En interrogeant la base, on découvre des voies portant ce nom dans des communes de quelques centaines d’habitants. Ces cas montrent que la pratique de nommer une rue d’après un pays allié ne concernait pas uniquement les métropoles.
On repère aussi des variantes : place d’Angleterre, passage d’Angleterre, allée d’Angleterre. Chaque variante traduit un type d’urbanisme différent (voie piétonne, axe commerçant, impasse résidentielle).

Odonymie et mémoire franco-britannique : comment la France nomme ses rues
Les rues d’Angleterre s’inscrivent dans un mouvement plus large. L’odonymie française a connu plusieurs vagues de dénominations liées aux pays étrangers :
- Au XIXe siècle, les noms de pays apparaissent dans les villes thermales et balnéaires fréquentées par des étrangers fortunés.
- Après 1918, les communes honorent les nations alliées de la Première Guerre mondiale.
- Après 1945, une nouvelle vague de dénominations commémore la Libération et les forces alliées, avec une concentration marquée dans l’ouest et le nord de la France.
L’article de Wikipédia consacré à l’odonymie en France rappelle que les noms de rues les plus anciens étaient descriptifs (rue du Moulin, rue de la Fontaine). Les noms de pays et de personnalités étrangères n’apparaissent que plus tardivement, à mesure que les municipalités utilisent la toponymie comme outil de mémoire collective.
À Puteaux, par exemple, un guide local recense l’histoire de chaque rue de la commune. Ce type d’initiative locale existe dans plusieurs villes et permet de comprendre pourquoi telle voie porte le nom d’un pays, d’une bataille ou d’un personnage historique.
Rue d’Angleterre : que trouve-t-on sur place aujourd’hui
Selon la ville, une rue d’Angleterre peut être un axe commerçant animé, une ruelle résidentielle calme ou un tronçon proche d’un monument historique. À Toulouse, la rue d’Angleterre longe des immeubles en brique rose typiques du quartier des Carmes. À Lille, elle traverse un secteur mêlant commerces et habitations anciennes.
Le nom seul ne dit rien du caractère actuel de la voie. La meilleure approche consiste à croiser la recherche dans la BAN avec un outil de cartographie pour visualiser l’environnement réel : présence de commerces, proximité d’un monument, densité du quartier.
Pour les passionnés d’histoire urbaine, chaque rue d’Angleterre raconte une relation locale avec la Grande-Bretagne. Que ce soit un souvenir militaire, un héritage commercial ou un vestige touristique, la plaque de rue reste le monument le plus discret et le plus répandu de la mémoire franco-britannique.

