Qui sont les pionniers derrière l’ordinateur quantique et son histoire

18 janvier 2026

L’ordinateur quantique n’est pas né d’un claquement de doigts ou d’un caprice de la Silicon Valley. Il s’inscrit dans la continuité d’un demi-siècle de recherches menées par des esprits audacieux, prêts à bousculer la frontière entre le possible et l’impossible. Dès les années 1980, des physiciens comme Richard Feynman et David Deutsch ont imaginé des machines capables de résoudre des énigmes mathématiques et physiques qui échappaient aux ordinateurs classiques, en puisant dans la richesse de la mécanique quantique.

Depuis, le monde scientifique a vu affluer de multiples équipes de recherche, chacune apportant sa pierre à cet édifice vertigineux. Des entreprises telles qu’IBM, Google ou D-Wave n’ont pas tardé à proposer les premiers prototypes opérationnels, faisant passer l’ordinateur quantique du mythe à la réalité tangible. Cette nouvelle forme de calcul promet des avancées inédites dans des secteurs comme la cryptographie, la chimie ou l’intelligence artificielle, ouvrant sur des perspectives aussi vertigineuses qu’imprévisibles.

Les origines de l’informatique quantique

L’informatique quantique s’enracine dans les intuitions de plusieurs scientifiques hors-normes. Prenons Paul Benioff : en 1981, il pose les bases théoriques de l’ordinateur quantique, ouvrant un nouveau chapitre où la physique rejoint l’informatique. Peu après, Richard Feynman, figure majeure du XXe siècle, imagine les simulateurs quantiques capables de modéliser des systèmes tellement complexes qu’aucun ordinateur classique ne pourrait les appréhender. Ce concept deviendra le socle de l’informatique quantique moderne.

En 1985, David Deutsch va plus loin : il démontre la faisabilité de l’ordinateur quantique universel, capable de résoudre n’importe quel problème calculable, là où les machines classiques atteignent leurs limites. Bien avant eux, Alan Turing et Alonzo Church, avec la machine de Turing et le lambda calcul, ont façonné l’ossature même de l’informatique. Pour clarifier le rôle de chacun, voici les contributions clés qui ont jalonné cette histoire :

  • Paul Benioff : a montré la possibilité théorique de l’ordinateur quantique (1981).
  • Richard Feynman : a posé le concept des simulateurs quantiques (1982).
  • David Deutsch : a validé le principe de l’ordinateur quantique universel (1985).
  • Alan Turing : a proposé la machine de Turing (1936).
  • Alonzo Church : a introduit le lambda calcul.

Chacun de ces jalons n’a pas seulement ouvert la voie sur le plan théorique : ils ont inspiré des générations de chercheurs, renforçant l’idée que la mécanique quantique pouvait transformer notre rapport à l’information. L’évolution de ces idées témoigne d’une aventure scientifique où audace et collaboration s’entremêlent.

Les pionniers et leurs contributions

Impossible d’évoquer l’informatique quantique sans mentionner ceux qui, par leurs travaux, ont fait avancer le domaine à pas de géant. Peter Shor, notamment, a conçu un algorithme révolutionnaire capable de factoriser des nombres entiers avec une rapidité déconcertante, bouleversant la sécurité des systèmes cryptographiques traditionnels.

Les chercheurs français en pointe

La France tient sa place dans cette course. Parmi les figures qui marquent le paysage, Théau Peronnin et Raphaël Lescanne, cofondateurs de la jeune pousse Alice & Bob, visent un objectif précis : bâtir un ordinateur quantique réellement exploitable. Leur singularité ? Travailler sur des qubits corrigés d’erreurs, une approche qui pourrait accélérer la mise sur le marché de machines fiables et robustes.

Les institutions et leurs chercheurs

Dans les laboratoires, quelques noms retiennent l’attention. Tristan Meunier, à l’Institut Néel de Grenoble, se concentre sur les qubits supraconducteurs. À Londres, Peter Knight mène d’importantes recherches sur les systèmes quantiques à l’Imperial College. Ces acteurs donnent le tempo de la recherche européenne.

Les contributions internationales

Outre-Atlantique, John Preskill du Caltech s’impose comme l’un des piliers de l’étude de la décohérence et de la correction des erreurs quantiques. Il est aussi l’auteur de l’expression « suprématie quantique », ce jalon symbolique où l’ordinateur quantique dépasse son homologue classique. À cela s’ajoutent des initiatives françaises : Adeline Roux-Langlois du CNRS et Pierre Loidreau de la DGA incarnent le lien entre recherche fondamentale et applications stratégiques. Florence Parly, ministre des Armées, rappelle quant à elle l’importance des enjeux nationaux et gouvernementaux autour de ces technologies.

Les avancées technologiques majeures

L’évolution des ordinateurs quantiques se mesure aussi à l’aune de percées matérielles impressionnantes. IBM, en 1998, dévoile un tout premier prototype à 2 qubits, marquant le coup d’envoi d’une nouvelle ère. Depuis, plusieurs entreprises se sont illustrées par leurs avancées. Voici quelques jalons majeurs à retenir :

  • D-Wave Systems : Présentation d’« Orion », premier ordinateur quantique adiabatique à 16 qubits en 2007.
  • Google : Dévoilement de « Bristlecone », un processeur de 72 qubits, en 2018.
  • Intel : Confirmation la même année du développement de « Tangle Lake », une puce de test supraconductrice de 49 qubits.
  • Alice & Bob : Levée de 100 millions d’euros en 2021 pour accélérer la construction d’un ordinateur quantique utilisable à grande échelle.

Les initiatives européennes

En Europe, l’innovation se poursuit. La société Pasqal se distingue dans la fabrication d’ordinateurs quantiques tandis que Multiverse Computing, spécialisée dans les algorithmes inspirés du quantique, ouvre de nouvelles perspectives pour le secteur financier.

La compétition mondiale pour la suprématie quantique s’intensifie à mesure que des géants comme IBM, Google et Intel multiplient les annonces. En France, des start-ups telles qu’Alice & Bob et Pasqal, portées par des financements ambitieux, injectent un dynamisme salutaire dans cet écosystème hautement technologique.

Chaque acteur développe ses propres approches, tentant de résoudre les défis inhérents au calcul quantique. Si la route vers l’ordinateur quantique universel reste longue, chaque progrès réalisé rapproche ce rêve d’une application concrète.

ordinateur quantique

Les défis et perspectives futures

Malgré l’enthousiasme, le calcul quantique doit affronter des obstacles scientifiques de taille. Plusieurs grands groupes industriels s’investissent dans la recherche appliquée, cherchant à tirer parti des promesses de la technologie :

  • Airbus mène des expérimentations sur l’informatique quantique depuis huit ans.
  • TotalEnergies et EDF ont chacun instauré des programmes de recherche dédiés depuis cinq ans.
  • Crédit Agricole et CACIB ont lancé des initiatives similaires pour explorer ces nouveaux horizons.

Les obstacles majeurs

La gestion de l’intrication quantique et la correction des erreurs restent le talon d’Achille de cette technologie. Les qubits, encore instables, sont très sensibles à leur environnement. La création de codes correcteurs d’erreurs efficaces devient donc une priorité pour garantir des calculs fiables et reproductibles.

Les opportunités économiques

Les applications potentielles du calcul quantique dessinent des perspectives enthousiasmantes. Les domaines de l’énergie, de la finance ou des transports entrevoient des gains d’efficacité qui pourraient bouleverser la donne. Quant au machine learning quantique et à l’intelligence artificielle, ils ouvrent la porte à des usages encore insoupçonnés.

Les collaborations internationales

Pour avancer, le secteur mise sur l’échange et la coopération. Les alliances entre entreprises et centres de recherche accélèrent la progression, tout comme les partenariats public-privé déjà en place. Le partage des ressources et des savoirs devient un accélérateur puissant, orientant l’innovation collective vers la concrétisation de la suprématie quantique.

À mesure que la frontière entre science et industrie s’estompe, l’ordinateur quantique s’impose comme le terrain de jeu des esprits les plus audacieux. Demain, il ne s’agira plus seulement d’en parler : il faudra compter avec lui.

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